Restauration

Pourquoi les milieux humides restaurés sont des lieux privilégiés pour l’ornithologie

2026-03-09

Les milieux humides font partie des écosystèmes les plus diversifiés de notre territoire. Ces paysages façonnés par l’eau ont longtemps été perçus comme des terrains à drainer ou à remblayer pour construire des villes, des routes et d’autres infrastructures. Heureusement, ils font aujourd’hui l’objet d’efforts soutenus de conservation et de restauration. Depuis plusieurs décennies, de nombreux organismes, dont Canards Illimités Canada, travaillent à leur redonner leurs lettres de noblesse.  

Les marais, marécages, étangs et tourbières jouent un rôle essentiel pour la biodiversité. Pour les oiseaux, ce sont des milieux de vie qui offrent une nourriture abondante, des sites de nidification, des zones de repos et des haltes stratégiques lors des migrations saisonnières. Pour les ornithologues et passionnés de nature, ce sont des espaces privilégiés pour l’observation de la faune. Mais que signifie concrètement « restaurer » un milieu humide ? En quoi ces sites représentent-ils un cadre idéal pour l’ornithologie ?

Un martin pêcheur perché sur un chicot
Un martin-pêcheur (Mélanie Jean Photographe)

Qu’est-ce que la restauration des milieux humides ?

La restauration d’un milieu humide consiste à redonner à un site dégradé les fonctions écologiques qu’il remplissait, que ce soit la régulation du cycle de l’eau, la filtration de l’eau, le stockage du carbone ou la protection contre l’érosion.

Des actions telles que le rétablissement du niveau d’eau, la fermeture de canaux de drainage, le remodelage du paysage pour permettre à l’eau de circuler naturellement (par exemple, la création de dépressions topographiques, d’étangs ou encore de marais) et la réintroduction de la végétation indigène peuvent être entreprises.

La restauration ne vise pas à recréer exactement le milieu d’origine, mais à rétablir des fonctions et des caractéristiques naturelles, dans la mesure du possible, tout en tenant compte du paysage actuel. Avec le temps, ces sites retrouvent une structure végétale variée et une productivité biologique élevée, deux facteurs clés pour la faune.

Une paruline à croupion jaune
Une paruline à croupion jaune (Mélanie Jean Photographe)

Pourquoi restaurer ou créer des milieux humides ?

  • Pour contrer la perte au niveau mondiale : depuis 1970, près de 35 % des milieux humides de la planète ont disparu, ce qui en fait l’écosystème le plus touché. Au Canada, au début des années 1990, environ 15 % des milieux humides avaient disparu. Au Québec, le Grand Montréal a perdu 80 % de ses milieux humides depuis 1990.
  • Parce qu’ils assurent des fonctions écologiques essentielles : selon leur type et leur emplacement dans le paysage, ils peuvent filtrer l’eau, stocker le carbone, soutenir la biodiversité et assurer la régulation hydrologique. Cette régulation permet à certains milieux humides d’agir comme de véritables réservoirs naturels, réduisant les risques d’inondation en période de crue. D’autres milieux humides libèrent de l’eau en période de sécheresse et contribuent à recharger la nappe phréatique.
  • Parce qu’ils offrent plusieurs bénéfices pour la société : certains milieux peuvent contribuer à protéger les communautés contre les inondations, tandis que d’autres permettent d’améliorer la qualité de l’eau, d’offrir des espaces récréatifs et éducatifs et d’améliorer la santé mentale et physique.

Quelques exemples de succès de projets de restauration ou de création

Le site du ruisseau de Feu, à Terrebonne, a fait l’objet d’importants travaux de restauration : un marais, un marécage et une passe migratoire pour les poissons y ont été aménagés sur d’anciennes terres agricoles inondables. Aujourd’hui, ce parc est devenu un lieu propice à la sauvagine. La diversité d’habitats attire aussi une soixantaine d’espèces d’oiseaux, en faisant un site de prédilection pour les observateurs de la région !

Le parc de conservation du ruisseau de Feu, à Terrebonne
Le parc de conservation du ruisseau de Feu, à Terrebonne

Le marais aménagé au parc de la Frayère à Boucherville est un autre bel exemple de milieu humide remis en valeur en zone périurbaine. Les aménagements réalisés ont permis de recréer des habitats propices à la reproduction et à l’alimentation de plusieurs espèces d’oiseaux aquatiques. Sa proximité avec le fleuve en fait un lieu fréquenté par les canards, les hérons et divers oiseaux de rivage. Les infrastructures sur place facilitent l’ornithologie tout en limitant le dérangement de la faune.

Le marais du parc de la Frayère, à Boucherville

Le sentier des Migrateurs, récemment aménagé sur la digue entourant le marais de Maskinongé (segment Est), permet de découvrir un site restauré tout en favorisant l’éducation et l’observation. Les interventions ont permis de bonifier la qualité de l’habitat et la connectivité écologique du secteur. Résultat : une présence accrue d’espèces associées aux marais et aux zones riveraines. Le parcours offre différents points de vue qui permettent d’observer sans perturber ; un atout majeur pour l’ornithologie.

Le sentier des Migrateurs, à Maskinongé
Le sentier des Migrateurs, à Maskinongé

Observer les oiseaux là où la nature reprend ses droits

Faire de l’ornithologie sur un site restauré, c’est observer la biodiversité qui se reconstruit et reprend ses droits. Ces milieux deviennent ainsi des laboratoires à ciel ouvert où on peut suivre le retour des espèces, documenter les usages saisonniers et développer une compréhension plus fine du lien entre habitat et faune. Les sites restaurés permettent de constater concrètement l’impact des actions de conservation : ils démontrent que lorsque les fonctions écologiques d’un milieu humide sont rétablies, la réponse de la faune et de la flore est bien réelle et mesurable. Et pour qui aime observer les oiseaux, les milieux humides restaurés sont souvent synonymes de belles rencontres !

Mélanie Jean
Photographe